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Grange dîmière

Dossier IA95000429 réalisé en 2016

Fiche

La "grange à dîmes", qui s'élève dans la cour à l'arrière de la mairie, est un vestige important de l'histoire du bourg d'Ecouen. Elle appartient à l'ancienne ferme seigneuriale qui se déployait au pied du château, et qui constituait la principale exploitation agricole d'Ecouen sous l'Ancien Régime. Aujourd'hui transformée en salle de spectacles, elle a conservé sa charpente et son élévation d'origine, avec des façades en moellons scandés de contreforts, déjà représentées sur les gravures anciennes. Cette grange est accompagnée par un autre bâtiment de la ferme seigneuriale, les anciennes écuries, qui ont été assez profondément transformées pour répondre à leur affectation actuelle (salle polyvalente, ateliers, bureaux). L'ensemble rappelle à la fois le passé agricole d'Ecouen, et l'importance de la tutelle seigneuriale sur le bourg avant la Révolution.

Genrecommunal
Destinationsgrange, grange aux dîmes
Dénominationsgrange aux dîmes
Aire d'étude et cantonEcouen
AdresseCommune : Écouen
Adresse : 1 place
de la Mairie
Cadastre : 2014 AH 222

Cette ancienne grange, aujourd'hui reconvertie en salle de spectacles, faisait partie de la ferme seigneuriale d'Écouen, installée au pied du château. Il en va de même du bâtiment perpendiculaire, constitué d'anciennes écuries, et abritant désormais des services administratifs de la commune.

Une exploitation agricole destinée à la mise en valeur des terres seigneuriales (la "réserve") est attestée à Ecouen dès 1205 (A.N., LL 1542, p. 13). Elle est demeurée en activité jusqu'à la Révolution. On ne connaît pas la disposition de cette ferme seigneuriale avant l’époque moderne, mais elle se situait probablement au même emplacement qu’aux XVIe-XVIIIe siècles, c'est-à-dire en contrebas du château, dont elle était ressentie comme étroitement complémentaire, ainsi qu'en témoigne la notice de Jacques Androuet du Cerceau dans ses "Plus excellents bastiments de France". À l’origine, cette vaste ferme occupait tout l’îlot, jusqu’à la ruelle du Marché : on voit bien son emprise sur les plans du XVIIIe siècle, ainsi que sur le plan cadastral de 1827. D’après l’état des revenus de la seigneurie au début du XVIIIe siècle, dressé par l’historien Jérôme-Luther Viret, elle constituait le principal revenu des Condé à Écouen ; ceux-ci la louaient à un fermier, qui détenait souvent aussi la charge de maître de poste. Ses bâtiments s’agençaient autour d’une cour pourvue d’un puits. Certains étaient réservés aux seigneurs d’Écouen, qui y avaient leurs écuries (à chevaux et à mulets), leurs remises à carrosses, et aussi un petit logement appelé « Brin d’amour ». Les autres bâtiments étaient à usage agricole : le logement du fermier, deux granges, une grande bergerie, des écuries, des étables à vaches et à cochons, des pressoirs à vin et à cidre avec un cellier, un poulailler, et deux pigeonniers accueillant une centaine de volatiles.

Les traces de cette activité agricole sont encore matérialisées par la « grange à dîmes », bien connue des habitants d’Écouen. Cette appellation est toutefois impropre : la dîme ne relevait pas des seigneurs d'Écouen, qui en revanche percevaient un autre impôt en nature, le "champart", prélevé sur les 310 arpents du territoire d’Écouen qui relevaient de leur seigneurie. Le produit des « champarts » était entreposé dans la ferme seigneuriale, mais d'après les actes du XVIIIe siècle, la grange qui les abritait se trouvait plutôt du côté de la rue du Moustier (actuelle rue Paul Lorillon). Dans la description de 1745 retranscrite en Annexe, la grange dont il est ici question est tout simplement appelée "grange à blé".

Cette grange est manifestement un édifice ancien, dont le gros-oeuvre remonte peut-être en partie au Moyen Âge (la présence des contreforts est fréquente sur les granges dîmières médiévales) mais qui paraît surtout dater du XVIIe siècle, d'après la forme de sa charpente et celle de ses baies.

Le bâtiment perpendiculaire à la grange est lui aussi ancien. Il présente au rez-de-chaussée des piliers carrés dont les corbeaux devaient soutenir une poutre. D'après les archives, il abritait des écuries. La date « 1812 » gravée sur l’un des piliers est peut-être l’indice de travaux dont nous n’avons pas retrouvé la trace dans les archives.

La grange et les écuries ont été achetées en 1922 par la commune. On avait alors envisagé la démolition de la grange, car on projetait alors de la remplacer d’abord par une école, puis par un théâtre ; les plans et devis étaient déjà dressés par les architectes Albert et André Bourgeois, mais la guerre empêcha le versement de la subvention ministérielle escomptée et la grange fut ainsi sauvée. Le projet d'en faire une salle de spectacles a toutefois fini par se réaliser, mais en préservant l'enveloppe architecturale ancienne, inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1985.

Période(s)Principale : Moyen Age , daté par travaux historiques , (?)
Principale : 17e siècle , daté par travaux historiques , (?)

Au fond d'une cour pavée en grès, la "grange aux dîmes" d'Ecouen se présente comme un bâtiment massif, de plan rectangulaire, aux murs épais appareillés en moellons et épaulés par des contreforts. Elle ouvre sur la cour par une porte cochère au centre et deux portes piétonnes sur les côtés. Trois petites baies carrées sont percées dans le comble. La toiture, à longs pans, est faite de tuiles plates.

Murspierre moellon enduit
Toittuile plate
Étagesrez-de-chaussée, étage de comble
Couvrements
Couverturestoit à longs pans pignon découvert
Techniques
Statut de la propriétépropriété de la commune
Intérêt de l'œuvreà signaler
Protectionsinscrit MH, 1985/12/04

Annexes

  • Documentation : la ferme seigneuriale au XVIIIe siècle.

    Description de la ferme seigneuriale d'Ecouen en 1745 :

    - La grande porte d’entrée est de bois de chêne à deux vantaux, avec une petite porte à côté.

    - Sous le passage à droite en entrant est une écurie réservée à Son Altesse Sérénessime.

    - A gauche est le logement du fermier : vestibule avec aire en plâtre en assez mauvais état, cuisine à deux croisées sous lesquelles se trouve une pierre à laver soutenue de deux piliers de pierre. Attenant est le fournil. Autre porte donnant sur la cour. Dans la cuisine est un petit garde-manger pratiqué dans l’escalier. Cave, non voûtée, garnie d’un plancher en charpente, avec au-dessus la laiterie. Au-dessus de la cuisine : grande chambre à trois croisées, deux sur la cour, une sur la rue. Attenant est une autre petite chambre au-dessus du fournil, à deux croisées, l’une sur rue. Attenant la grande chambre et sur le palier de l’escalier au-dessus du vestibule, est une petite chambre. Ensuite de cette petite chambre est une grande chambre, au-dessus de la laiterie, du passage et partie de l’écurie réservée, avec cinq croisées et un petit cabinet. Au-dessus desdites chambres : greniers. Dans l’escalier il y a deux petites fenêtres. L’escalier est à noyau de maçonnerie de plâtre, les marches sont en bois.

    - Dans la cour vis-à-vis le fournil est un petit bâtiment nommé « brin d’amour », sous lequel est une cave dont jouit ledit fermier. Au-dessus de cette cave : une chambre et un grenier réservés à S.A.S.

    - Ensuite du logement du fermier à droite en entrant dans la ferme, une écurie avec mangeoires et râteliers, grenier au-dessus.

    - Attenant cette écurie : une étable à vaches avec trois petites fenêtres et mangeoire, grenier au-dessus.

    - Ensuite une grange contenant 6 travées et deux portes, l’une sur la cour, l’autre sur la rue. De la dite grange, le fermier d’Ecouen jouit de quatre travées, les deux autres travées du bout sont pour les champarts, dont le fermier desdits champarts jouit, et lequel a son entrée par la porte sur la rue.

    - Ensuite de la grande porte de la grange du coté de la cour sont cinq toits à porcs avec auge en pierre et pavés en grès. Au-dessus : grenier en appentis avec deux ouvertures pour y monter, l’une sous le passage de la grange, l’autre sur la cour.

    - Attenant est un autre toit à porcs.

    - Ensuite est une grande bergerie contenant huit travées, avec grand grenier. Dans le pignon au bout du coté nord est une fenêtre.

    - En retour de la dite bergerie est un autre bâtiment. La partie joignant ladite bergerie est un petit volet à pigeons pris au rez de chaussée. Dans ce volet il y a environ 300 pots en plâtre.

    - Attenant est une étable à vache à deux fenêtres et deux mangeoires.

    - Ensuite, écurie aux mulets réservée à S.A.S.

    - Au-dessus des volet, étable à vache et écurie réservée est un grand grenier avec lucarne donnant sur la cour.

    - En retour de ladite écurie réservée est un toit à porcs.

    - Ensuite est un grand bâtiment dans lequel est le grand pressoir à deux fenêtres. Dans le même bâtiment est une auge de pierre et plâtre en roue servant à faire du cidre, garnie de sa meule d’une seule pierre dure d’un diamètre de quatre pieds garnie de son arbre. Le fermier a déclaré l’avoir fait construire à ses frais.

    - Ensuite du pressoir est le cellier du pressoir.

    - Attenant est un autre pressoir avec 5 fenêtres, deux du côté de la ruelle du Marché, les trois autres sur la cour.

    - Au-dessus desdits pressoirs et cellier sont deux greniers, l’escalier pour y monter est en dedans le cellier. Ces greniers ont six fenêtres : trois du côté de la ruelle et trois sur la cour. Sur la cour au-dessous des deux ouvertures sont scellés dans le mur quatre potences de fer qui servent à porter des planchers et forment unes espèce de balcon pour faciliter de monter les fourrages dans lesdits greniers.

    - Ensuite est la grange à blé. Avant d’y arriver, est un petit bâtiment en appentis le long de la costière et couvert suivant le comble de ladite grange, lequel appentis est une étable avec grenier. La grange à blé est composée de sept travées, grande porte à deux vantaux sur la cour, petite porte sur la ruelle du Marché. Trois ouvertures dans le pignon de ladite grange.

    - De l’autre côté du porche, en dedans de la cour, est un autre appentis de la même construction que le précédent, qui sert de poulailler. Au-dessus est un grenier, la porte d’entrée est à côté du passage pour aller au bois sous le bâtiment des remises.

    - Au-dessus du porche de l’entrée de ladite grange est le colombier. L’entrée pour y aller est par le grenier ci-dessus. Dans ce colombier : environ 500 pots en plâtre. Dans ce colombier et dans le volet ci-dessus on a trouvé la quantité d’environ cent paires de pigeons.

    - Ensuite de la grange et dans le même alignement : remises.

    - En retour : un autre grand bâtiment où est la grande écurie, réservée à S.A.S. excepté le grenier au-dessus avec lucarnes en forme de balcon.

    - Dans la cour est un puits isolé.

    - A côté du puits est un gros marronnier et le long de la maison un mauvais poirier qu'il convient d'abattre pour la conservation du bâtiment. Au fond de la cour et près l’angle de la bergerie et du volet est un aqueduc dont l’ouverture est fermée par une grille de fer.

    Tous les bâtiments sont couverts de tuiles. Les sols sont en plâtre.

    La ferme et son pressoir ont été affermés par S.A.S. à Etienne Pigneux le 7 novembre 1739.

    Suivent la description des terres dépendant de la ferme : 350 arpents 66 perches, dont un tiers est en terres labourables.

    Extrait des archives du Domaine de Chantilly, BB-7-1 : Procès-verbal général des fermes et terres de la baronnie d’Ecouen et dépendances, 1745 (17 août-18 septembre).

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.N., LL 1542, p. 13 : acte mentionnant la "grange" d'Ecouen, 1205.

  • Domaine de Chantilly, Archives des Condé : 1-BB-7, documents relatifs à la seigneurie d'Ecouen, XVIIe-XVIIIe s.

  • Domaine de Chantilly, Archives des Condé : 1-BB-10. Travaux sur les édifices appartenant aux Condé à Ecouen, dont la ferme seigneuriale (XVIIIe s.).

  • A.D. Val d'Oise, 2 O 58/5 : achat de la grange et des écuries par la commune, 1922.

Bibliographie
  • AUSSEUR-DOLLEANS, Chantal, CREPIN-LEBLOND, Thierry et FÖRSTEL, Judith (avec la collaboration de : Christian Dauchel, Fanny Gosselin, Rémy Guadagnin). Ecouen. Un balcon sur la plaine de France. Collection Patrimoines d’Île-de-France. Lyon : éditions Lieux Dits, 2018. Photographies : Jean-Bernard Vialles, avec la collaboration de Laurent Kruszyk ; plan : Diane Bétored.

    p. 21, 41-42.
  • BEDOS, Brigitte. La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368. Aspects féodaux, sociaux et économiques. Pontoise : Société historique et archéologique de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin, 1980.

    p. 128.
  • VIRET, Jérôme-Luther. Valeurs et pouvoir. La reproduction familiale et sociale en Île-de-France. Ecouen et Villiers-le-Bel. Paris : PUPS, 2004.

    p. 289.
  • Le patrimoine des communes du Val d'Oise, Paris : Flohic éditions, 1999.

    p. 203.
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel - Förstel Judith
Förstel Judith

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.


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