Dossier IA95000429 | Réalisé par
Förstel Judith (Contributeur)
Förstel Judith

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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Grange dîmière
Auteur
Vialles Jean-Bernard
Vialles Jean-Bernard

Photographe au service de l'Inventaire.

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Copyright
  • (c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Ecouen
  • Commune Écouen
  • Adresse 1 place de la Mairie
  • Cadastre 2014 AH 222
  • Dénominations
    grange aux dîmes
  • Genre
    communal
  • Destinations
    grange, grange aux dîmes

La "grange à dîmes", qui s'élève dans la cour à l'arrière de la mairie, est un vestige important de l'histoire du bourg d'Ecouen. Elle appartient à l'ancienne ferme seigneuriale qui se déployait au pied du château, et qui constituait la principale exploitation agricole d'Ecouen sous l'Ancien Régime. Aujourd'hui transformée en salle de spectacles, elle a conservé sa charpente et son élévation d'origine, avec des façades en moellons scandés de contreforts, déjà représentées sur les gravures anciennes. Cette grange est accompagnée par un autre bâtiment de la ferme seigneuriale, les anciennes écuries, qui ont été assez profondément transformées pour répondre à leur affectation actuelle (salle polyvalente, ateliers, bureaux). L'ensemble rappelle à la fois le passé agricole d'Ecouen, et l'importance de la tutelle seigneuriale sur le bourg avant la Révolution.

Cette ancienne grange, aujourd'hui reconvertie en salle de spectacles, faisait partie de la ferme seigneuriale d'Écouen, installée au pied du château. Il en va de même du bâtiment perpendiculaire, constitué d'anciennes écuries, et abritant désormais des services administratifs de la commune.

Une exploitation agricole destinée à la mise en valeur des terres seigneuriales (la "réserve") est attestée à Ecouen dès 1205 (A.N., LL 1542, p. 13). Elle est demeurée en activité jusqu'à la Révolution. On ne connaît pas la disposition de cette ferme seigneuriale avant l’époque moderne, mais elle se situait probablement au même emplacement qu’aux XVIe-XVIIIe siècles, c'est-à-dire en contrebas du château, dont elle était ressentie comme étroitement complémentaire, ainsi qu'en témoigne la notice de Jacques Androuet du Cerceau dans ses "Plus excellents bastiments de France". À l’origine, cette vaste ferme occupait tout l’îlot, jusqu’à la ruelle du Marché : on voit bien son emprise sur les plans du XVIIIe siècle, ainsi que sur le plan cadastral de 1827. D’après l’état des revenus de la seigneurie au début du XVIIIe siècle, dressé par l’historien Jérôme-Luther Viret, elle constituait le principal revenu des Condé à Écouen ; ceux-ci la louaient à un fermier, qui détenait souvent aussi la charge de maître de poste. Ses bâtiments s’agençaient autour d’une cour pourvue d’un puits. Certains étaient réservés aux seigneurs d’Écouen, qui y avaient leurs écuries (à chevaux et à mulets), leurs remises à carrosses, et aussi un petit logement appelé « Brin d’amour ». Les autres bâtiments étaient à usage agricole : le logement du fermier, deux granges, une grande bergerie, des écuries, des étables à vaches et à cochons, des pressoirs à vin et à cidre avec un cellier, un poulailler, et deux pigeonniers accueillant une centaine de volatiles.

Les traces de cette activité agricole sont encore matérialisées par la « grange à dîmes », bien connue des habitants d’Écouen. Cette appellation est toutefois impropre : la dîme ne relevait pas des seigneurs d'Écouen, qui en revanche percevaient un autre impôt en nature, le "champart", prélevé sur les 310 arpents du territoire d’Écouen qui relevaient de leur seigneurie. Le produit des « champarts » était entreposé dans la ferme seigneuriale, mais d'après les actes du XVIIIe siècle, la grange qui les abritait se trouvait plutôt du côté de la rue du Moustier (actuelle rue Paul Lorillon). Dans la description de 1745 retranscrite en Annexe, la grange dont il est ici question est tout simplement appelée "grange à blé".

Cette grange est manifestement un édifice ancien, dont le gros-oeuvre remonte peut-être en partie au Moyen Âge (la présence des contreforts est fréquente sur les granges dîmières médiévales) mais qui paraît surtout dater du XVIIe siècle, d'après la forme de sa charpente et celle de ses baies.

Le bâtiment perpendiculaire à la grange est lui aussi ancien. Il présente au rez-de-chaussée des piliers carrés dont les corbeaux devaient soutenir une poutre. D'après les archives, il abritait des écuries. La date « 1812 » gravée sur l’un des piliers est peut-être l’indice de travaux dont nous n’avons pas retrouvé la trace dans les archives.

La grange et les écuries ont été achetées en 1922 par la commune. On avait alors envisagé la démolition de la grange, car on projetait alors de la remplacer d’abord par une école, puis par un théâtre ; les plans et devis étaient déjà dressés par les architectes Albert et André Bourgeois, mais la guerre empêcha le versement de la subvention ministérielle escomptée et la grange fut ainsi sauvée. Le projet d'en faire une salle de spectacles a toutefois fini par se réaliser, mais en préservant l'enveloppe architecturale ancienne, inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1985.

  • Période(s)
    • Principale : Moyen Age , daté par travaux historiques , (incertitude)
    • Principale : 17e siècle , daté par travaux historiques , (incertitude)

Au fond d'une cour pavée en grès, la "grange aux dîmes" d'Ecouen se présente comme un bâtiment massif, de plan rectangulaire, aux murs épais appareillés en moellons et épaulés par des contreforts. Elle ouvre sur la cour par une porte cochère au centre et deux portes piétonnes sur les côtés. Trois petites baies carrées sont percées dans le comble. La toiture, à longs pans, est faite de tuiles plates.

  • Murs
    • pierre moellon enduit
  • Toits
    tuile plate
  • Étages
    rez-de-chaussée, étage de comble
  • Couvrements
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon découvert
  • Techniques
  • Représentations
  • Statut de la propriété
    propriété de la commune
  • Intérêt de l'œuvre
    à signaler
  • Protections
    inscrit MH, 1985/12/04

Documents d'archives

  • A.N., LL 1542, p. 13 : acte mentionnant la "grange" d'Ecouen, 1205.

  • Domaine de Chantilly, Archives des Condé : 1-BB-7, documents relatifs à la seigneurie d'Ecouen, XVIIe-XVIIIe s.

  • Domaine de Chantilly, Archives des Condé : 1-BB-10. Travaux sur les édifices appartenant aux Condé à Ecouen, dont la ferme seigneuriale (XVIIIe s.).

  • A.D. Val d'Oise, 2 O 58/5 : achat de la grange et des écuries par la commune, 1922.

Bibliographie

  • AUSSEUR-DOLLEANS, Chantal, CREPIN-LEBLOND, Thierry et FÖRSTEL, Judith (avec la collaboration de : Christian Dauchel, Fanny Gosselin, Rémy Guadagnin). Ecouen. Un balcon sur la plaine de France. Collection Patrimoines d’Île-de-France. Lyon : éditions Lieux Dits, 2018. Photographies : Jean-Bernard Vialles, avec la collaboration de Laurent Kruszyk ; plan : Diane Bétored.

    p. 21, 41-42.
  • BEDOS, Brigitte. La Châtellenie de Montmorency des origines à 1368. Aspects féodaux, sociaux et économiques. Pontoise : Société historique et archéologique de Pontoise, du Val d’Oise et du Vexin, 1980.

    p. 128.
  • VIRET, Jérôme-Luther. Valeurs et pouvoir. La reproduction familiale et sociale en Île-de-France. Ecouen et Villiers-le-Bel. Paris : PUPS, 2004.

    p. 289.
  • Le patrimoine des communes du Val d'Oise, Paris : Flohic éditions, 1999.

    p. 203.

Annexes

  • Documentation : la ferme seigneuriale au XVIIIe siècle.
Date d'enquête 2016 ; Dernière mise à jour en 2019
(c) Région Ile-de-France - Inventaire général du patrimoine culturel
Förstel Judith
Förstel Judith

Conservateur du patrimoine, Région Île-de-France, service Patrimoines et Inventaire.

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